14
septiembre 2002

 

Adrienne
Monnier

 

Comme la religieuse ancienne
Como la monja antigua

A Paul Claudel

A Paul Claudel

Voici que ton fils est grand…
He aquí que tu hijo ha crecido...
James Joyce Irlandais
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14
septiembre 2002

Adrienne
Monnier


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Comme la religieuse ancienne

À Simone Guye

Comme la religieuse ancienne
Qui trouvait en elle sa règle
Et qui, aidée par ses compagnes,
Établissait une maison
Moitié ferme et moitié couvent,
J'ai fait ainsi ma Librairie.
Mais moi, je n'ai pas de Dieu !
Ce nom m'offense, me blesse
Jusqu'au cœur de mes racines,
Il m'ôte le goût de vivre,
Il arrache le bandeau
Qui recouvre cette plaie
Dont rien n'a pu nous guérir.

Quelques-uns de mes frères
Ont un pouvoir sur moi,
Leurs ordres me rassurent,
Je travaille pour eux,
J'oublie alors ma peine,
Je les console aussi.

Le voyageur perdu
C'est moi qui le ramène,
Je me réchauffe au feu
Que j'allume pour lui,
Je mêle à ses prières
Ma voix pleine de nuit.

 

Como la monja antigua

A Simone Guye

Como la monja antigua
Que en sí misma encontraba
La regla, y que ponía,
Con sus hermanas, casa
Entre granja y convento,
Abrí mi Librería.
¡Pero yo Dios no tengo!
Ese nombre me hiere
Muy hondo en mis raíces,
Las ganas de vivir
Me arranca, y el vendaje
Que recubre esta llaga
Que nada nos curó.

Ciertos hermanos míos
Ejercen sobre mí un poder,
Me sosiegan sus órdenes,
Para ellos trabajo,
Y olvido así mis penas,
Y también los consuelo.

Soy yo la que conduce
Al viajero perdido,
Y me caliento al fuego
Que enciendo para él,
Uniendo a sus plegarias
Mi voz llena de noche.

 

 

Adrienne Monnier
Traducción de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

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14
septiembre
2002

Adrienne
Monnier


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A Paul Claudel


Ta puissante prière vient troubler mon sommeil,
Elle assiège ma nuit par la peur et le feu.
J'implore malgré moi la force de ton Dieu,
Je sais qu'il peut chasser la troupe qui tourmente
En moi la fille née de ceux qui le servaient.

Le matin me verra pleurant de ma faiblesse,
Levant dans le soleil mes mains comme des feuilles.
Mais puisque tu le veux, oh ! Père, en cette nuit
Où frémit l'aile obscure et qui porte ton ordre,
Je te rencontrerai. Puisse donc ton exil
Contenir en son cœur ma tendre obéissance !
Oui, je suis avec toi, je courbe sous ta voix
Comme une flamme vacillante,
Je dis ce Nom qui fait la joie
Et la louange de ta bouche,
Mais dont la croix blesse mon front.

 

A Paul Claudel

Tu potente plegaria viene a turbar mi sueño,
Pone sitio a mi noche con el miedo y el fuego.
A mi pesar imploro la fuerza de tu Dios,
Sé que puede ahuyentar el tropel que en mí misma
Atormenta a la hija de quienes lo sirvieron.

Me verá la mañana llorando por ser débil,
Elevando hacia el sol mis manos como hojas.
Pero ya que lo quieres, ¡oh Padre!, en esta noche
Que nos trae tu orden y en la que el ala obscura
Tiembla, te encontraré. ¡Oh, que tu exilio pueda
Contener en su seno mi tierna sumisión!
Estoy contigo, sí, bajo tu voz me inclino
Como una llama vacilante,
Digo ese nombre que es la dicha
Y la alabanza de tu boca,
Mas cuya cruz hiere mi frente.

 

Adrienne Monnier
Traducción de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

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14
septiembre
2002

Adrienne
Monnier


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A Sylvia Beach


Je te salue, ma Sœur née par-delà les mers !
Voici que mon étoile a retrouvé la tienne,
Non pas fondue au feu du soleil primitif,
Mais vive, exacte et neuve en sa grâce étrangère,
Prodigue des trésors amassés en son cours.

Je chantais solitaire, attentive aux promesses
Que notre Mère écrit dans le regard des hommes,
L'éclat des diamants et l'orient des perles.
Je cachais en mon sein, comme un oiseau fragile,
Le bel espoir craintif qui se nourrit des miels.
Je vouais aux pudeurs, linges blancs et croisés,
La naissante pensée qu'on baptise de pleurs.
Je me sauve, à présent, oh ! ma Sœur, par tes soins,
De ces tourments, de ces regrets, de ces faiblesses !
La force me revient, et si j'aime la Nuit,
Si j'interroge encor ses dernières terreurs,
C'est pour mûrir la paix d'un jour définitif.

Déjà, Midi nous voit , l'une en face de l'autre,
Debout devant nos seuils, au niveau de la rue,
Doux fleuve de soleil qui porte sur ses bords
Nos librairies.
Midi lève nos mains, déliées du service,
Pour l'appel des repas, pour le temps des silences,
Et fait étinceler, sous le jeu de leur signe,
La flamme encor cachée au cœur de nos pays.

 

A Sylvia Beach

¡Te saludo, oh mi hermana nacida allende el mar!
He aquí que mi estrella se juntó con la tuya,
No fundida en el fuego del primitivo sol,
Mas viva, exacta y nueva en su gracia extranjera,
Pródiga de tesoros que recogió en su curso.

Atenta a las promesas que en los ojos del hombre
Escribe nuestra Madre, cantaba, solitaria,
El brillo y el oriente de diamantes y perlas.
Ocultaba en mi pecho como un pájaro frágil,
La esperanza medrosa que se nutre de mieles.
Consagraba al pudor, cruzados lienzos blancos,
La conciencia naciente bautizada con llantos.
¡Gracias a ti, oh hermana, puedo escapar, ahora,
A esos tormentos, a esas miserias y pesares!
Recobro ya mis fuerzas, y si amo la Noche,
Si escruto todavía sus últimos terrores
Es para madurar la paz de un día postrero.

Ya nos ve Mediodía una frente a la otra
De pie en nuestros umbrales, al borde de la calle,
Suave río de sol que tiene en sus riberas
Nuestras dos Librerías.
Tras la labor levanta Mediodía tus manos
Y las mías, es hora de almuerzo y de silencios,
Y aviva los destellos, en las señas que hacen,
De la llama que esconden aún nuestros países.

 

 

Adrienne Monnier
Traducción de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

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14
septiembre
2002

Adrienne
Monnier


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Voici que ton fils est grand…

(extrait du poème en trois chants Les Vertus,
dédié à Philiberte Monnier, sa mère)


    Voici que ton fils est grand, Marie, il te regarde à présent avec des yeux étrangers. Tu sais tout de lui, mais comment pourrait-il te connaître ? Avant qu'il te haïsse, retire-toi. Il faut le laisser agir seul et qu'il croie t'oublier, comme le cœur de sa poitrine. Il faut qu'il te domine si tu veux qu'il t'égale. Laisse-le créer un Dieu à son image pour qu'il sache le goût du néant où tu n'es pas, et qu'il te retrouve un jour dans le déchirement de l'esprit, comme tu le fis dans le déchirement de la chair. Sois une femme entre les femmes, fonds tes paroles au bruit des vagues, remonte au ciel, Étoile de la Mer…

    Notre-Dame, Cœur des Villes,          au cœur sept fois transpercé,          le ciel entier te couronne,          le monde bat sous tes pieds.          L'Église est ton lourd manteau,          sous le couvert de ses plis,          tu tiens secret les reproches          et parfais en indulgence          les doctrinaux de ton Fils.          Ton seul petit doigt levé          donne vacance à l'enfer,          le sourire de tes yeux          change la mort en lumière.

    La lait de Marie coulait dans les paroles du Christ, mais il maudit le figuier qui ne portait pas de figues, il insulta les Pharisiens et chassa les marchands du Temple. — Ce n'étaient pas de bons exemples. — Il prit les péchés du monde, mais le chargea de sa croix.

    Le Fils nous met dans la gêne,          nous épouserons sa misère,          nous souffrirons avec lui,          nous essuierons son visage          et par notre économie          nous lui garderons un feu          jusqu'au plus noir de la peine.          C'est en voulant nous toucher          qu'il s'est traversé lui-même,          ses bras tendus et cloués          s'ouvrent vers nous, Inhumaines !          Nous serons son humble mère          d'infinie consolation.          Nous feindrons l'obéissance,          tant qu'il soit las de son règne,          il nous croira ses sujettes,          il nous fera ses vertus,          sans voir nos profondeurs vertes.

 

He aquí que tu hijo ha crecido...

(fragmento del segundo canto del poèma Las Virtudes,
dedicado a Philiberte Monnier , su madre)


    He aquí que tu hijo ha crecido, María, y que ahora te mira con ojos extraños. De él lo sabes todo, pero, ¿cómo podría él conocerte? Vete antes de que te odie. Hay que dejarlo actuar solo y que crea olvidarte, como el corazón en su pecho. Es necesario que te domine si quieres que te iguale. Déjalo crear un dios a su imagen para que conozca el gusto de la nada en la que tú no estás, y para que un día vuelva a encontrarte en el desgarramiento del alma, como tú lo hiciste en el desgarramiento de la carne. Sé una mujer entre las mujeres, funde tus palabras en el ruido de las olas, sube al cielo, Estrella de la Mar...

    Nuestra Señora,          Corazón de las Ciudades,          de corazón siete veces atravesado,          el cielo por entero te corona,          el mundo palpita bajo tus pies.          La Iglesia es tu pesado manto,          al abrigo de sus pliegues,          guardas en secreto los reproches          y llevas a la perfección de la indulgencia          los doctrinales de tu Hijo.          Basta con que levantes tu meñique          para que el infierno se aleje,          la sonrisa de tus ojos          transforma en luz la muerte.

    La leche de María fluia en las palabras de Cristo, pero él maldijo la higuera que no daba higos, insultó a los fariseos y echó a los mercaderes del Templo. — No eran buenos ejemplos. — Tomó los pecados del mundo, pero lo cargó con su cruz.

    El Hijo nos incomoda,          abrazaremos su miseria,          sufriremos con él,          enjugaremos su rostro          y con nuestras economías          conservaremos para él un fuego          hasta lo más obscuro de la pena.          Fue al querer tocarnos          que se atravesó a sí mismo,          sus brazos extendidos y clavados          se abren hacia nosotras, ¡Inhumanas!          Seremos su humilde madre          de infinito consuelo.          Fingiremos obedecerle,          mientras esté cansado de su reino,          nos creerá sus súbditas,          hará de nosotras sus virtudes,          sin ver nuestras verdes profundidades.

 

Adrienne Monnier
Traducción de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

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14
septiembre 2002

Adrienne
Monnier


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James Joyce
Irlandais

 

HOMME DE PÉCHÉ !
La terre sous ton poids
Défait sa profondeur,
Voici son ventre plein
De débris et de larves.
Tu perces lentement
L'épaisseur qui s'accroît.
Comme un jeu de miroirs
Les parois où tu glisses
Font naître à l'infini
Des angles sans issues,
Et d'abord tu ramasses
Un effort inutile
Pour passer au travers,
Puis tu sais, et soupires !
Tu veux toucher le fond,
L'extrême…

Tu le trouves au point
Le plus froid de toi-même,
Absent du souvenir.
Tu reviens au présent
Et tout se représente,
Et la longueur du temps
Se rajuste aux états,
Le cercle s'élargit,
Tu sors à ciel ouvert…

HOMME DE COLÈRE !
Retourne impatient interroger l'oubli !
Fuis ton père et ton île, arrache tes racines !
Roule étranger, il faut encore toucher le fond.
Il faut savoir, il faut combler le vide.
Que la vertu d'un mouvement nouveau
Te soit donnée ! Retourne impatient !


L'ombre se resserre et durcit
Autour du feu de ta vitesse.
Fais craquer l'écorce, tonnerre !
Par le talon qui frappe,
Par le poing qui se crispe,
Par le sourcil froncé,
Par la bouche tordue,
Par l'éclair du regard,
Par les cris et les larmes,
Que la terre soit déchirée !
Que la force de ta violence
La précipite en ton pouvoir !
Ouvre le jugement par ta parole !
Presse les raisons de paraître enfin !


Cet art encore trop lourd pour la mémoire
Te délivre l'éclat qui peut tout définir,
Mais aussitôt touché le point où tu consens,
Repris en ta mesure, en l'air tu rebondis…

Émotion des retours, douceurs des ressemblances.

Ton secret est celui des figures qui passent.

Les surfaces polies sont nées des durs mystères.

Tes pensées ont pour lit un nuage allongé.

HOMME DE PATIENCE
Justement nommé JOIE,
Tu as vécu sept ans
Dans le cœur de la Terre,
Tu as écrit sept ans
Sous la dictée des hommes.
Le testament est fait
De la planète verte.
Tu est prêt à partir
Pour un destin nouveau.
Que les saisons t'élèvent
En leurs tourbillons calmes
Au terme de l'espoir
Qui durcit ta figure.

 

Avril 1922.
Deux mois après l'apparition d'
Ulysses
Chez Sylvia Beach.

 

James Joyce
Irlandés


¡HOMBRE DE PECADO!
Bajo tu peso, abre
La tierra sus honduras,
He aquí su vientre lleno
De escombros y de larvas.
Lentamente atraviesas
El espesor que crece.
Como un juego de espejos
Los muros en que resbalas
Multiplican sin fin
Ángulos sin salida,
Y al principio reúnes
Tus inútiles fuerzas
A fin de atravesarlos,
Luego, al saber, ¡suspiras!
Quieres tocar el fondo,
El extremo...
Lo encuentras en el punto
Más frío de ti mismo,
Ausente del recuerdo.
Retornas al presente
Y vuelves a ver todo,
Y la extensión del tiempo
Se ajusta a los estados,
El círculo se ensancha,
Sales a cielo abierto...


¡HOMBRE DE CÓLERA!
¡Vuelve impaciente a interrogar el olvido!
¡Huye de tu padre y de tu isla, arranca tus raíces!
Viaja como extranjero, hay que tocar aún el fondo.
Hay que saber, hay que colmar el vacío.
¡Que la virtud de un movimiento nuevo
Te sea dada! ¡Vuelve impaciente!


Se adensa y se endurece la sombra
En torno al fuego de tu rapidez.
¡Haz crujir la corteza, trueno!
¡Con el talón que golpea,
Con el puño que se crispa,
Con el ceño fruncido,
Con la boca torcida,
Con el rayo de los ojos,
Con gritos y con lágrimas,
Que se rasgue la tierra!
¡Que la fuerza de tu violencia
La arroje en tu poder!
¡Abre con tu palabra el juicio!
¡Haz que, por fin, la razones aparezcan!

Este arte para la memoria aún tan pesado
Te entrega el resplandor que todo puede definir,
Pero tan pronto como tocas el punto en que consientes,
Devuelto a tu medida, en el aire rebotas...

Emoción del retorno, suaves semejanzas.

Es el tuyo el secreto de los rostros que pasan.

De los misterios nacen superficies bruñidas.

Una nube alargada da lecho a tus ideas.

HOMBRE DE PACIENCIA
Justamente llamado JÚBILO,
Has vivido siete años
En el seno de la Tierra,
Has escrito siete años
Al dictado de los hombres.
Queda hecho el testamento
De este verde planeta.
Estás ya por partir
Hacia un nuevo destino.
Que te alcen las estaciones
En sus vórtices calmos
Al fin de la esperanza
Que endurece tu rostro.


Abril de 1922.
Dos meses después de la publicación del "
Ulysses"
por Sylvia Beach.

 

Adrienne Monnier
Traducción de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

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Sylvia Beach y Adrienne Monnier