12
junio 2002

 

Pierre
Emmanuel

   

 

    poèmes poemas
 

 

À Gerard Manley Hopkins
A Gerard Manley Hopkins

Naître

Nacer

Scorpion
Escorpión

Feuilles de platane...
Hojas de plátano
Être ou fenêtre
Ser o ventana
 
eom
Volver a Aire

 

 

 

 

 

 

12
junio 2002

Pierre
Emmanuel


eom
Volver a Aire

À Gerard Manley Hopkins

 

Console, ô Mort, mon cœur sans ombre et seul, soleil
profond , frappant d'aplomb la chair. Ah la chère Ombre
morte, victime enfin de cette faim, ce fol
ennui qui tue la Nuit et tourne et luit et roule
là ! Le gouffre et la roue rayonnante, le sang
silencieux, qui s'ouvre, et, Ciel ! j'entends le sourd
écho des coups qui sapent l'âme…
                                                           Oh tremble, tremble
corps creusé par le sang et qui ruses, sentant
sans cesse t'ébranler le bélier… Ce bruit lourd
par l'oubli engourdi, mais qui reprend, prolonge
la peur, devient panique et dur, atteint l'azur,
faisant crouler le jour dans le sang, et le sang
dans l'absence… Et les tours, les tombes et les temples
tombés, les monts rasés, le monde las, contemple
ô Mort ! la cendre d'or de l'étendue, l'encens.


(Del libro Orphiques)

 

A Gerard Manley Hopkins

Consuela, oh Muerte, mi corazón sin sombra y solo, sol
profundo, golpeando la carne a plomo. ¡Ah, la cara Sombra
muerta, víctima al fin de esta hambre, ese loco
hastío que mata la Noche y gira y brilla y rueda
allí! El abismo y la resplandeciente rueda, la sangre
silenciosa que se abre y, ¡Cielos!, oigo el sordo
eco de los golpes que socavan el alma…
                                                                            Oh tiembla, tiembla
cuerpo que la sangre horada y que obras con astucia, sintiendo
sin cesar cómo el ariete te sacude … Ese ruido pesado
que el olvido adormece, pero que recomienza, prolonga
el miedo, se hace pánico y duro, alcanza el firmamento,
haciendo que se hunda el día en la sangre, y la sangre
en la ausencia… Y las torres, las tumbas y los templos
tumbados, los montes derribados, el mundo cansado, contemplan
¡oh, Muerte!, la dorada ceniza de la vastedad, el incienso.


(Del libro Orphiques)

 

Pierre Emmanuel
Traducción de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

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12
junio 2002

Pierre
Emmanuel


eom
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Naître

 

Plus je regarde à mon passé
Et plus je m'apparais béant
Terreur d'être sans fondement
O ma mère terre où es-tu

Tant aimé j'ai aimé si peu
Qu'encore aujourd'hui je ne sais
Quel sens donner au mot donner
O ma mère terre où es-tu

Pardonnez-moi j'ai trop reçu
Sans en être jamais conscient
Coupable de ce manquement
O ma mère terre où es-tu

Toi qui seule m'auras manqué
Jamais je ne fus ton enfant
Vieux je t'appelle maintenant
O ma mère terre où es-tu

La lie du non-amour sans fond
Me vient aux lèvres comme aux yeux
C'est son dégoût qu'en tout je veux
O ma mère terre où es-tu

Qui me rendra ce goût perdu
Sans l'avoir possédé jamais
D'avoir aimé ce que j'aimais
O ma mère terre où es-tu

Cette mort que je sens en moi
Me tendre un sein bruni au brou
Et me bercer au fond du trou
O ma mère terre est-ce toi

Aimer c'est naître de ma mort
Quelqu'un avec ma propre voix
A grand effort m'arrachera
O terre ô mère qui me tues


(Del libro Tu)

 

Nacer

Cuanto más considero mi pasado
Tanto más me veo entreabierto
Terror de existir sin cimientos
Oh madre mía tierra dónde estás

Amé tanto amé tan poco
Que todavía hoy ignoro
Qué sentido darle al verbo dar
Oh madre mía tierra dónde estás

Perdonadme he recibido demasiado
Sin que jamás me diese cuenta
Me reconozco culpable de esa falta
Oh madre mía tierra dónde estás

Tú la única que me habrás faltado
Yo que jamás fui tu hijo
Ahora ya viejo te invoco
Oh madre mía tierra dónde estás

Las heces del no-amor sin fondo
A los labios me suben y a los ojos
Es su náusea lo que en todo busco
Oh madre mía tierra dónde estás

Quién me devolverá ese gusto perdido
Sin haberlo poseído nunca
De haber amado lo que amé
Oh madre mía tierra dónde estás

Esta muerte que siento cómo en mí
Me tiende un seno ennegrecido
Y que en el fondo del pozo me acuna
Oh dime madre mía tierra si eres tú


Amar es nacer de mi muerte
Alguien con mi propia voz
Me arrancará con gran esfuerzo
Oh tierra oh madre que me matas


(Del libro Tu)

 

Pierre Emmanuel
Traducción de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

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12
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Pierre
Emmanuel


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Scorpion

 

Dans le chambranle à l'abri du volet
Le scorpion ramassé sur lui-même
Rêve sans bords sous la Protection.
Quand je l'éveille en ouvrant la fenêtre
Je le salue et lui offre le jour.
Il m'est lié par ma reconnaissance
De ton amour dont je suis l'intendant
Et qui par lui dès mon lever m'assigne
Puisque Tu m'as donné droit de choisir
Si sa présence ajoute à ta Louange
Ou si pour que je loue il doit mourir.


(Del libro Tu)

 

 

Escorpión

En el marco al amparo del postigo
Replegado en sí mismo el escorpión
Bajo la Protección sueña sin bordes.
Cuando lo despierto al abrir la ventana
Lo saludo y le hago don del día.
A mí lo ata mi agradecimiento
De tu Amor cuyo administrador yo soy
Y que por él desde el alba me nombra
Ya que me has dado el derecho de elegir
Si su presencia aumenta tu Alabanza
O si para alabarte lo debo hacer morir.


(Del libro Tu)

 

Pierre Emmanuel
Traducción de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

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12
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Pierre
Emmanuel


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Feuilles de platane…

 

Feuilles de platane séchées
Sur la route qui revient à l'enfance
Un homme déjà ancien
S'étonne d'avoir vécu tant de vies
Et si peu changé
Pourtant il serait incapable
De s'identifier
Aucune des images qu'il a cru retrouver
N'a sa proportion ni sa place
L'immobilité des choses qui durent
En est subtilement décalée
Il a trop lu pour n'être né qu'à sa date
Trop voyagé pour n'être né qu'à son lieu
Est-il même né est-il de cette terre
Il a pour poumon artificiel le futur
En ce soir d'automne où rougeoient les vergers
De part et d'autre de l'allée déjà sombre
Il ne se souvient de lui-même
Que par le craquement de ses pas
Et par l 'étoile qui veille là-haut
Sur le seuil de l'abîme


(Del libro Tu)

 

 

Hojas de plátano

Secas hojas de plátano
En el camino que vuelve a la infancia
Un hombre ya antiguo
Se asombra de haber vivido tantas vidas
Y de haber cambiado tan poco
Sin embargo sería incapaz
De identificarse
Ninguna de las imágenes que creyó recobrar
Conserva su proporción o su lugar
La inmovilidad de las cosas que duran
Sufren por ello de un desfase sutil
Demasiado leyó para haber nacido simplemente en su fecha
Demasiado viajó para haber nacido simplemente en su lugar
Es que acaso nació es que acaso pertenece a esta tierra
Por pulmón artificial tiene el futuro
En esta tarde otoñal en que se tiñen de rojo los jardines
De cada lado de la alameda ya obscura
Solamente se acuerda de sí mismo
Por el ruido de sus pasos
Y por la estrella que vela allá en lo alto
Sobre el umbral sobre el abismo


(Del libro Tu)

 

Pierre Emmanuel
Traducción de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

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12
junio 2002

Pierre
Emmanuel


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Être ou fenêtre *

 

ii

La maison est peuplée de miroirs qui ne cessent de se reproduire
sous mes yeux
ou bien est-ce mes yeux
qui ne cessent de se reproduire
de miroir en miroir
un grand écran c'est le ciel
dehors
magnifie les images
il les rend invisibles
merveilleusement
Oui l'invisibilité
elle est
est la plus grande merveille
tout œil
distance
infinie abolie

C'est mon visage devenu vitre
mon visage lumière
Poli jusqu'à l'inexistence parfaite
Néant de la plus belle eau
dont les myriades de facettes concentrent
l'aveugle ubiquité où je vis
sans quitter des yeux l'écran vide

 

iv

Que du tain du miroir du fond noir de l'espace
me vienne
par vagues de grand vent
par fausse transparence
par degrés d'une attente
aux rideaux miroitants
scintillante à fleur d'eau
morfondue au carreau
où se soudent l'os frontal et la vitre
me vienne
pour le bouche à bouche
mon propre visage
et les yeux dans les yeux
dans un autre visage
l'autre dans le mien
le voici derrière le voile de tulle
qui court sur lui comme l'eau
je suis couché
mes lèvres mes yeux
l'eau qui chatoie
me sont un baiser
de deux bouches
sur la rive du fleuve
frôlent le courant
le soleil qui coule
qui n'en finit pas
qui ne sont qu'une haleine
d'un seul visage oui peut-être d'un seul
car le mien l'eau qui passe l'efface
moi-même je ne suis
les paupières
que l'eau qui rafraîchit
les lèvres de l'autre



vi

 

Et si nos deux buées n'en faisaient qu'une
comme l'unique point d'or
en tes yeux
ce serait alors
  et les miens
le dégel des vitres
c'est le dégel
notre haleine crée l'espace à mesure
que nous respirons
et non seulement l'horizon de l'espace
mais le zénith et le fond
et non seulement l'immensité du visible
mais l'invisible qui en est le tréfonds
entre deux battements de tes cils
je pourrais loger plusieurs mondes
à chaque inspiration j'agrandis
en ton sein la sagesse
et plus j'inspire
d'éternités
  et plus il me reste
où me dilater
et toi lotus à chaque fois que j'expire
en t'épanouissant   tu étends l'océan
de nos âmes la plus vaste est la tienne
qui s'engouffre en moi


(Del libro Le grand œuvre)

 

Ser o ventana *


ii

La casa está poblada de espejos   que no cesan de reproducirse
bajo mis ojos
o acaso son mis ojos
que no cesan de reproducirse
de espejo en espejo
una gran pantalla   es el cielo
fuera
magnifica les imágenes
las vuelve invisibles
maravillosamente
Sí la invisibilidad
ella es
  es la mayor maravilla
toda ojos
distancia
infinita   abolida

Es mi rostro hecho cristal
mi rostro luz
Bruñido hasta la perfecta inexistencia
Nada purísima
cuyas innumerables facetas concentran
la ciega ubicuidad en que vivo
sin apartar los ojos de la pantalla vacía

 

iv

 

Que del azogue del espejo   del fondo negro del espacio
me llegue
en oleadas de viento
por falsa transparencia
por grados de una espera
  de tornasoladas cortinas
destellante a flor de agua
hastiada en la ventana
en que el hueso frontal se une con el vidrio
me llegue
para el boca a boca
mi propio rostro
  y los ojos en los ojos
en otro rostro
el otro en el mío
helo aquí tras el velo de tul
que como el agua corre sobre él
estoy tumbado
mis labios mis ojos
el agua que rutila
son para mí un beso
de dos bocas
  a orillas del río
rozan la corriente
el sol que fluye
que no se acaba nunca
que son sólo un aliento
de un solo rostro sí quizás de uno solo
porque el mío lo destruye el agua que fluye
yo mismo no soy más
los párpados
  que el agua que refresca
los labios del otro



vi

 

Y si nuestros dos vahos   no fuesen más que uno
como el único punto de oro
en tus ojos
sería entonces
y los míos
el deshielo de los vidrios
es el deshielo
nuestro aliento crea el espacio a medida
que respiramos
y no sólo el horizonte del espacio
sino el cenit y el fondo
y no sólo la inmensidad de lo visible
sino lo invisible   que está en su centro
entre dos parpadeos tuyos
yo podría alojar varios mundos
con cada inspiración aumento
en tu seno la sabiduría
y cuanto más inspiro
me quedan
más eternidades
donde dilatarme
y tú loto cada vez que yo espiro
dilatándote extiendes el océano
de nuestras almas la más vasta es la tuya
que en mí se abisma


(Del libro Le grand œuvre)

Nota de los traductores:

* Ser o ventana (el título en francés, Être ou fenêtre, incluye un juego de palabras sobre el verbo être, ser) es un poema compuesto por doce partes que cierra el libro Le grand oeuvre. Hemos elegido tres de esas partes para la traducción.

 

 

Pierre Emmanuel
Traducción de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

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