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  27 aire - poesía    

The Night
    of Loveless
        Nights [2]

Traducción de
Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

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Nota biográfica
1ª parte
(texto en francés)
1ª parte
(texto en español)
2ª parte
(texto en francés)
2ª parte
(texto en español)

(Continuation...)

 

Quelqu’un m’a raconté que, perdu dans les glaces,
Dans un chaos de monts, loin de tout océan,
Il vit passer, sans heurt et sans fumée, la masse
Immense et pavoisée d’un paquebot géant.

Des marins silencieux s’accrochaient aux cordages
Et des oiseaux gueulards volaient dans les haubans,
Des danseuses rêvaient au bord des bastingages
En robes de soirée et coiffées de turbans.

Les bijoux entouraient d’étincelles glaciales
Leurs gorges et leurs poignets et de grands éventails
De plumes, dans leurs mains, claquaient vers des escales
Où les bals rougissaient les tours et les portails.

Les danseurs abîmés dans leur mélancolie
En songe comparaient leurs désirs à l’acier.
C’était parmi les monts, dans un soir de folie,
De grands nuages coulaient sur le flanc des glaciers.

Un autre découvrit, au creux d’une clairière,
Un rosier florissant entouré de sapins.
Combien a-t-il cueilli de roses sanguinaires
Avant de s’endormir sur la mousse au matin ?

Mais ses yeux ont gardé l’étrange paysage
Inscrit sur leur prunelle et son cœur incertain
A choisi pour cesser de battre sans courage
Ce lieu clos par l’odeur de la rose et du thym.

Du temps où nous chantions avec des voix vibrantes
Nous avons traversé ces pays singuliers
Où l’écho répondait aux questions des amantes
Par des mots dont le sens nous était familier.

Mais, depuis que la nuit s’écroule sur nos têtes,
Ces mots ont dans nos cœurs des accents mystérieux
Et quand un souvenir parfois nous les répète
Nous désobéissons à leur ordre impérieux.

Entendez-vous chanter des voix dans les montagnes
Et retentir le bruit des cors et des buccins ?
Pourquoi ne chantons-nous que les refrains du bagne
Au son d’un éternel et lugubre tocsin ?

Serait-ce pas Don juan qui parcourt ces allées
Où l’ombre se marie aux spectres de l’amour ?
Ce pas qui retenti dans les nuits désolées
A-t-il marqué les cœurs avec un talon lourd ?

Ce n’est pas le Don Juan qui descend impassible
L’escalier ruisselant d’infernales splendeurs
Ni celui qui crachait aux versets de la Bible
Et but en ricanant avec le commandeur.

Ses beaux yeux incompris n’ont pas touché les cœurs,
Sa bouche n’a connu que le baiser du rêve,
Et c’est celui qui rêve en de sombres ardeurs
Celle qui le dédaigne et l’ignore et sans trêve

Heurte ses diamants froids, ses lèvres sépulcrales,
Sa bouche silencieuse à sa bouche et ses yeux,
Ses yeux de sphinx cruels et ses mains animales
A ses yeux, à ses mains, à son étoile, aux cieux.

Mais lui le cœur meurtri par de mortes chimères,
Gardant leur bec pourri planté dans ses amours,
Pour un baiser viril, ô beautés éphémères,
Vous sauvera sans doute au seuil du dernier jour.

Le rire sur sa bouche écrasera des fraises
Ses yeux seront marqués par un plus pur destin.
C’est Bacchus renaissant des cendres et des braises,
Les cendres dans les dents, les braises dans les mains.

Mais pour un qui renaît combien qui, sans mourir,
Portent au cœur, portent aux pieds de lourdes chaînes.
Les fleuves couleront et les morts vont pourrir…
Chaque an reverdira le feuillage des chênes.

 

       J’habite quand il me plaît un ravin ténébreux au-dessus duquel le ciel se découpe en un losange déchiqueté par l’ombre des sapins des mélèzes et des rochers qui couvrent les pentes escarpées.

       Dans l’herbe du ravin poussent d’étranges tubéreuses des ancolies et des colchiques survolées par des libellules et des mantes religieuses et si pareils sans cesse le ciel la flore et la faune où succèdent aux insectes les corneilles moroses et les rats musqués que je ne sais quelle immuable saison s’est abattue sur ce toujours nocturne ravin avec son dais en losange constellé que ne traverse aucun nuage.

       Sur les troncs des arbres deux initiales toujours les mêmes sont gravées. Par quel couteau par quelle main pour quel cœur ?

       Le vallon était désert quand j’y vins pour la première fois. Nul n’y était venu avant moi. Nul autre que moi ne l’a parcouru.

       La mare où les grenouilles nagent dans l’ombre avec des mouvements réguliers reflète des étoiles immobiles et le marais que les crapauds peuplent de leur cri sonore et triste possède un feu follet toujours le même.

       La saison de l’amour triste et immobile plane en cette solitude.

       Je l’aimerai toujours et sans doute ne pourrai-je jamais franchir l’orée des mélèzes et des sapins escalader les rochers baroques pour atteindre la route blanche où elle passe à certaines heures. La route où les ombres n’ont pas toujours la même direction.

       Parfois il me semble que la nuit vient seulement de s’abattre. Des chasseurs passent sur la route que je ne vois pas. Le chant de cors de chasse résonne sous les mélèzes. La journée a été longue parmi les terres de labour à la poursuite du renard du blaireau et du chevreuil. Le naseau des chevaux fume blanc dans la nuit.

       Les airs de chasse s’éteignent. Et je déchiffre difficilement les initiales identiques sur le tronc des mélèzes qui bornent le ravin.

 

 

(esta segunda parte del poema será continuada próximamente)

   
             
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